Un entretien avec Matt Easton

Nous nous sommes entretenus récemment avec Matt Easton, un photographe extraordinaire. Lorsqu’il ne travaille pas avec des marques internationales à New York, on le trouve dans sa ville natale de Londres où il passe régulièrement par Direct Digital. Nous l’avons attrapé au vol la dernière fois qu’il était dans la capitale pour lui poser quelques questions.

Matt nous a fait voyager à travers son parcours d’étudiant à assistant de Mert & Marcus (une expérience à la fois impressionnante et éducative) jusqu’à devenir un photographe à part entière, travaillant pour des clients internationaux (tels que les cosmétiques Charlotte Tilbury, Net-à-Porter, et Bulgari) et des publications de renommée mondiale (Harper’s Bazaar, Elle et Clash pour n’en citer que quelques-uns). Nous avons discuté de ses inspirations et de la façon dont il a développé le style sensuel pour lequel ses images sont si connues.

Comment es-tu arrivé dans la photographie?

Un peu par hasard.

Lors de ma soirée d'orientation professionnelle à l'école secondaire, on m'a dit que j'avais les qualités idéales pour devenir graphiste. J'étais très dyslexique et j'étais obsédé par le fait que c'était ma seule option de carrière. Quelques années plus tard, je me suis spécialisé dans le graphisme et ma fondation d'art et moi sommes tombés dans une chambre noire photographique. J'ai été enchanté par le processus de développer mes propres images, de faire quelque chose à partir de rien. J'ai adoré être seul là-dedans, parfois pendant des jours d’affilée; j'ai été inspiré par ce processus magique, les lumières rouges - l'environnement paisible était un havre de créativité tandis que la vie hors de ces 4 murs fourmillait... J'ai même appris à aimer l'odeur des produits chimiques sur mes mains.

A partir de ce moment, je n’ai jamais regardé en arrière. Je suis allé chercher mon diplôme en Photographie avant de déménager à Londres où j’ai travaillé dur et forcé mon chemin pour assister les photographes les plus emblématiques de notre génération.

Quelque part entre ma découverte de la chambre noire et l’obtention de mon diplôme, j’ai réfléchi à la voie que j’avais choisie. C’est à ce moment que j’ai réalisé que j’avais toujours été destiné à devenir photographe, que j’avais toujours été celui qui avait un appareil photo en société, que je documentais tout ce que je pouvais… Mais je n’avais tout simplement pas relié les points, réalisant que ma passion et mon passe-temps pouvaient devenir ma profession.

Comment décrirais-tu ton style?

J’aime à penser que mes images sont légèrement sexy tout en conservant une innocence brute et émotionnelle. Elles sont jeunes et modernes avec l’élégance de la photographie argentique classique qui rappelle les jours bénis de la mode dans les années 80 et 90.

Qu’est-ce qui inspire ta photographie? Comment as-tu découvert ton style ?

J’essaye de m’inspirer de tout dans la vie. On peut se nourrir de tout et n’importe quoi si on autorise notre esprit à voir d’une manière différente. La plupart de mes inspirations vient du Cinéma, des vieux films classiques comme « Certains l’aiment chaud » jusqu’aux blockbusters modernes comme « La Favorite ».

J’adore également voyager et cela m’inspire beaucoup; que cela soit pour une virée culturelle, historique comme à Rome ou Venise, ou simplement me détendre sur une plage Caribéenne en écoutant de la musique. J’ai aussi l’impression de pouvoir déclencher mon inspiration en m’autorisant à être créatif et à faire des erreurs, en testant et jouant sans pression au studio, en essayant des choses que je n’ai jamais faites auparavant et en réalisant que l’échec n’existe pas. La Photographie est l’Art et l’Art est subjectif donc aucune opinion n’a plus d’importance que la vôtre, croyez en ce que vous faites.

J’ai découvert mon style en acceptant qui je suis et en réalisant qui je ne suis pas. Les choses changent tellement rapidement dans la photographie de mode, surtout dans l’ère actuelle où les réseaux sociaux et les influenceurs ont de plus en plus de pouvoir. Vous devez vous accrocher à ce en quoi vous croyez et photographier ce qui vous rend heureux, même si c’est à contre-courant de ce qui est considéré comme tendance dans la mode en ce moment.

C’est un parcours qui m’a permis de prendre conscience de qui je suis, de m’en tenir à ce que je voulais faire et de réaliser ce qui m’inspire et tout cela a fait évoluer mon style dans ce qu’il est aujourd’hui.

Quels ont été tes shootings préférés parmi tous ceux sur lesquels tu as travaillé?

Ohhh, elle est difficile celle-là ! Honnêtement, j’adore ce que je fais, il n’y a pas 1 jour où je vais sur un set en souhaitant être ailleurs. Mais s’il y en a bien un qui m’est resté en mémoire c’était avec Anna Ewers au Costa Rica. Il fallait commencer tôt pour attraper le soleil matinal, puis venait le tour de la détente autour de la piscine pour se rafraichir quand il faisait trop chaud en journée, et enfin on repartait shooter en fin d’après-midi à la tombée du soleil. C’était tellement fun, relaxant et inspirant… et une excellente façon de nouer des amitiés.

Un autre de mes préférés fut celui de Clash Magazine avec Rita Ora. Nous avions beaucoup à faire en peu de temps mais l’énergie de Rita et l’excitation autour de ce projet nous a même permis d’aller au-delà de ce dont nous avions besoin.

Raconte-nous comment c’est de travailler avec Mert & Marcus…

Ce fût un honneur et un vrai privilège de travailler et parcourir le monde avec eux pendant 7 ans. Il n’y a jamais eu une journée ennuyeuse et il y avait toujours quelque chose à apprendre. On traversait le monde toutes les semaines, on travaillait avec les meilleurs mannequins, les meilleurs stylistes et les meilleures équipes, et le mieux dans tout ça c’est qu’on était payés pour apprendre le métier des pionniers de cette génération.

Ce n’était pas facile, on travaillait dur ! Mais s’ils voyaient que vous vous donniez à 100% pour les aider, ils vous donnaient le même niveau de respect et de compréhension en retour. L’honnêteté, la confiance et l’humilité étaient les clés de notre relation. Nous sommes toujours en contact à ce jour, en allant prendre un verre de vin ou de tequila quand nous le pouvons.

En tant que Photographe, comment la montée en puissance de la vidéo affecte ton style?

Je ne suis pas sûr que ça ait changé mon style, mais ça a définitivement changé la façon dont les photographes shootent. Les photographies seront toujours priorisées à mon avis ; cependant le pouvoir des réseaux sociaux et l’avancée de la vidéo sur de multiples plateformes de contenu en ligne signifie que la charge de travail a doublé. Fini le temps où seules 6 images de campagne étaient nécessaires. Maintenant et la plupart du temps, les clients accompagnent leurs demandes d’un film de 30 à 60 secondes avec des images « Behind the Scene », des images Instagram ainsi que des images animées pour les réseaux sociaux. Le planning, la communication et une bonne production sont désormais plus essentielles que jamais. Et ce n’est pas une mauvaise chose, bien au contraire… Plus vous produisez de contenu, plus elle touchera de gens. C’est de l’autopromotion et les choses ne vont pas changer, donc en tant que créateurs d’images, nous devons nous y adapter.

Quels équipements aimes-tu utiliser? Est-ce que tu as une marque préférée ?

J’ai plusieurs appareils préférés, que je choisis en fonction du briefing… comme le PhaseOne 645df, le Canon 5DS et le Leica L7. J’aime utiliser différentes caméras car chacune a ses propres qualités.

Pourquoi choisis tu Direct Digital? Comment avons-nous pu t’aider ?

Direct Digital a été incroyable, montrant constamment son soutien et m’épaulant. Cela se résume à une longue relation qui a commencé à l’époque où j’étais assistant et pourvu que ça dure ! Direct m’a énormément soutenu pendant mes 7 ans avec Mert & Marcus et pendant ma période de transition également.

Et si on met de côté cette relation, Direct est hautement professionnel, les équipes ont une grande connaissance de tous les équipements, anciens et nouveaux, et ont une expérience vaste du milieu de la Photographie avec une compréhension de cette industrie de l’intérieur comme de l’extérieur.

Et pour finir, quelle est la prochaine étape?

La prochaine étape…. Voyons ce que l’avenir nous réserve, étant donné qu’il est en constante évolution. J’ai effectivement des projets personnels qui me tiennent à cœur. C’est important de toujours rester créatif et d’être à la recherche de projets différents qui vous inspirent.

Pour garder un œil sur les derniers projets de Matt, rendez-vous sur son site internet et suivez-le sur Instagram @matteaston